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El
Moudjahid du 7 novembre 2000
46e
Anniversaire du déclenchement de la Révolution
NOTES DE
LECTURE
«
Torturés par Le Pen »
Ce n’est
pas un hasard si mon ami Hamid Bousselham est venu à la rencontre des gens de
Constantine pour animer une vente dédicace de son livre « Torturés par le
Pen », paru en co-édition des maisons Rahma et l’ANEP.
Par le Dr
Boujemaa HAICHOUR (*)
Devant un
parterre d’universitaires et d’homme de culture, dans un lieu insolite,
« Le Fast-Food Tiddis », qui devient un espace d’échange et de
communication, que le livre fut présenté et qui a suscité des discutions sur la
torture durant la guerre de Libération Nationale
Je voudrais
quant à moi profitant de l’occasion pour faire simultanément une double lecture
à la fois de l’ouvrage de Hamid Bousselham « Torturés par le Pen » et
celui de Benjamin Stora « Le transfert d’une mémoire » paru aux
éditions de La Découverte.
Hamid
Bousselham appartient à cette génération qui a un regard critique sur le événements et
les hommes. Né le 30 juin 1951, il a grandi dans une famille de militants et le
destin a voulu qu’il soit parmi les siens lorsque, lycéen au lycée français de
Washington où son père Si Abdelkader Boussellham était en poste comme
ambassadeur, il fut apostrophé par son professeur d’histoire.
Il prit
alors conscience du phénomène du racisme et de l’antisémitisme, en écoutant
religieusement le cours d‘histoire sur le nazisme que le professeur expliquait
aux élèves, faisant le parallèle entre les fours crématoires et les étouffoirs
et fours à chaux dont les Algériens ont été victimes pendant la guerre de
Libération Nationale.
Evitant la
confrontation, Hamid continua de regarder les images des camps de concentration
nazis et les montagnes d’ossement juifs, lorsque apparaissent dans sa mémoire
les affres de la colonisation française dont son oncle paternel Si M’hamed
Bousselham, arrêté en 1957 et torturé à mort avec dix-sept de ses compagnons
avant d’être souffrants jetés et encore vivants dans un four à chaux aux
environs de Sidi Bel-Abbès par les paras de la légion étrangère.
En ce 46e
anniversaire de la
Révolution de Novembre 1954, le livre de Hamid Bousselham vient nous donner un éclairage à
partir de témoignages sur la pratique de la torture. Le mélange de cruauté
sauvage et barbare dont les tortionnaires d’une catégorie de militaires
français infligeaient à la condition humaine fait que la France des Droits de
l’Homme a failli aux idéaux de la
Révolution de 1789.
« Prise de Conscience »
Bévues,
exécutions sommaires, tortures abjectes, guillotine, bombardements au napalm,
haine, toute ces épreuves, le peuple algérien les a endurées. Et parmi ces tortionnaires,
un homme qui se targue d’être une personnalité politique dans la France des Droits de
l’Homme, c’est Jean-Marie Le Pen qui à maintes reprises reconnaît avoir torturé
les Algériens lorsqu’il était parachutiste et officier de renseignement.
Parmi les
témoignages rapportés dans ce livre de Hamid Bousselham, ceux de Mme Mouloud
Messaoud, Mohamed Louli, Lakhdari Khélifa, etc. Le Lieutenant le Pen faisait
fonctionner une magnéto à manivelle à l’aide de laquelle il envoyait des
décharges électriques dans le corps des victimes.
Les
témoignages sont poignants et Hamid Bousselham les expose crument aux lecteurs,
qui montrent comment à la Villa
des Roses d’El Biar, Le Pen torture les Algériens, et ses propos racistes et
antisémites son rapportés tels que
« Voilà ce qui arrive à ceux qui tentent de m’échapper ; je suis
prêt, dit Le Pen, à me farcir un bougnoule à chaque petit déjeuner : Vous,
les ratons, vous ne comprenez qu’un seul langage : l’insulte, les coups et
quand vous ne voulez pas comprendre que vous êtes à ma botte, je vous
élimine ».
Mohamed
Louli fut victime parmi tant d’autres et torturé dans une bassine d’eau sale,
attaché comme un saucisson sur un banc par Le Pen. Il faisait creuser par les
victimes leurs propres tombes et les jetait ligotées par-dessus les balcons,
fracturant leurs colonnes vertébrales, les mettant dans une souffrance
insupportable et douloureuse. Il y avait autant de menus que de spécialités
dans la façon de faire goûter la torture.
Le Pen en a
essayé toutes les recettes. Un Jour l’histoire prendra acte et le poursuivra
selon le code pénal français de 1994 comme un criminel de guerre et sera
présenté devant un tribunal international de crime contre l’humanité. L’ouvrage
de Hamid Bousselham qui vient de paraître en 151 pages constitue un autre
document sur la torture en Algérie
durant la Guerre
de Libération Nationale.
C’est le
souvenir douloureux d’une période de forte émotion dont les blessures profondes
laissent leurs traces indélébiles dans la mémoire des peuples. Les impulsions
racistes et la torture dans la
République que sont les supplices de la corde, de
l’étranglement du cou, de la mise en croix, le frottement des plaies par le sel
ont crée des traumas dans le mental des victimes qui ont échappé à la mort.
Quand au
livre « Le Transfert d’une mémoire – de l’Algérie française au racisme
anti-arabe » de Benjamin Stora, paru en 1999 aux éditions La Découverte, comme à
l’accoutumée, en spécialiste de l’histoire du Mouvement national en Algérie,
Stora est des rares universitaires dont la contribution apporte de par les
sources et les références, des informations utiles dans la recherche
historique.
Le livre en
question de 142 pages est structuré en quatre parties avec introduction et une
conclusion. Dans les besoins d’histoire, Benjamin Stora souligne au passage des
générations, cette attitude à vouloir rejeter en France les étrangers et les
Français d’origine étrangère. Il rappelle en guise de témoignage, l’audience
des discours xénophobes de Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret.
«
L’histoire proche est la plus difficile de toutes, menacée à la fois de dévier
sous l’aiguillon de la mémoire immédiate, d’étouffer sous le poids des
documents journalistiques ». Stora dans son ouvrage présente ce débat
encore vivant de cette « lepénisation des esprits » et cette
préférence à l’Algérie française de l’OAS dans son combat politique.
Les
approches mémorielles des pieds-noirs et les immigrées en France sont formulées
dans les blessures si douloureuses, si secrètes et si cruelles de la guerre
d’Algérie.
Cette
Algérie reste pour les plus nostalgiques de l’OAS, un Far West américain, un
territoire des éblouissements, un univers de richesses et des incroyables
explorations qui épargnent le voyage vers la lointaine Amérique.
« Le transfert d’une
mémoire » de Benjamin Stora
L’Algérie
comme le note Stora est une région emblématique de la solitude des passions.
Elle est comme le dira Joëlle Hureau, terre d’abondance et de refuge. Face à un
Nord industriel, l’Algérie reste pour les pieds-noirs un Western nostalgique
aux couleurs criardes.
Stora nous
présente dans son ouvrage la
Guerre d’Algérie comme jouant le rôle d’un pivot central (et
sanglant) dans l’émergence et la construction durable d’un récit de type
« sudiste »―la hantise des partisans de l’Algérie française est… la sécession. Les passages de l’ouvrage
d’Alain Peyrefitte nous révèlent les facettes cachées du discours réel du
général de Gaulle : »Qu’on ne raconte pas d’histoires !... Les
Arabes sont les Arabes et les Français sont les Français. Vous croyez, devait
il dire, que le corps français peut absorder dix millions de musulmans, qui
demain seront vingt millions et après demain quarante ?... Mon village ne
s’appellerait plus Colombey-les-deux-Eglises, mais Colombey-les-deux-Mosquées ».
Mais
revenons sur Le Pen et la torture durant la Guerre d’Algérie qui m’a inspiré à faire une même
note de lecture aux deux livres présentés, celui de Hamid Bousselham et de
Benjamin Stora, qui revient d’ailleurs sur le personnage de Jean-Marie Le Pen.
Le Pen qui est né le 20 juin 1928
a été depuis qu’il suivait les cours de la faculté de
droit un activiste à la tête de la Corpo. Il
se porte volontaire dans le régiment des bérets verts ou les paras au Tonkin en
Indochine lorsque Diên Biên Phu est tombé aux mains des résistants vietnamiens.
Il retourne
à Paris et rallie Pierre Poujade et sera parmi les poujadistes de Jean-Maurice
Demarquet élu aux législatives du 2 janvier 1656. Il se met en congé du
Parlement et décide de rejoindre l’Algérie où il participe dans l’opération
secrète de Suez. En mars 1956, où il est officier de renseignement, il est
accusé d’avoir torturé un jeune Algérien dans la Villa Susini.
C’est Henri
Gille, commissaire principal d’Alger, résistant et ancien déporté qui fait la
révélation sur la torture en témoin important dans l’action répressive qui a
fait rage sur la population musulmane en cette année 1957. Son rapport est
édifiant sur les pratiques tortionnaires de Jean-Marie Le Pen.
L’historien
Pierre Vidal-Naquet en témoigne aussi en dénonçant les méthodes de la torture
dans son ouvrage « La raison d’Etat ». Il publia d’ailleurs dans la
revue Vérité-Libérté de juin-juillet 1962 l’intégralité du rapport Gille dans
un dossier intitulé « Le député tortionnaire ». Jean-Marie Le Pen
reconnaît les faites et n’entamera aucune poursuite judiciaire, plus encore il
confirmera ses pratiques dans une interview le 9 Novembre 1962 au journal
Combat.
Le 4 avril
1984, le canard enchaîné a publié une série d’articles poursuivis les 11
et 18 juillet dans la même année par d’autres études, présentant Jean-Marie Le
Pen comme un officier pratiquant la torture pendant le Guerre d’Algérie. Le 20
mars 1985, le journal Libération ouvre une seconde enquête sur la
période algérienne du lieutenant Le Pen. Lors d’une émission télévisé du 2
février 1992, Michel Rocard accuse Jean-Marie Le Pen d’avoir torturé les
Algériens durant la Guerre
d’Algérie.
« La lumière du cœur »
Dans les
deux ouvrages de Hamid Bousselham et Benjamin Stora, Jean-Marie le Pen est
accusé d’avoir été un tortionnaire. Le devoir de mémoire doit nous mettre en
éveil pour dire aux générations toute les vérités sur cette guerre sale et inhumaine,
dont les tortionnaires Massu, Bigeard, Papon,
Le Pen…ont laissé leurs traces sanguinaires sur les milliers de torturés, de
mutilés dont les traumatismes restent à jamais,l’acte sauvage de la machine de
guerre de la colonisation sur le peuple algérien et sa mémoire.
La France doit surmonter le traumatisme
profond de son histoire coloniale, notamment en Algérie.
La visite
du Président Bouteflika en France, la reconnaissance par la France de la guerre
d’Algérie par l’Assemblée nationale et par les représentants du peuple français
que sont les députés, sont les signaux forts pour rétablir les relations privilégiées
entre les deux états dans tous les domaines de la coopération.
Il n’est
plus possible pour les peuples français et algérien de laisser s’éteindre la
lumière des coeurs, car beaucoup de liens d’histoire, de culture et de sang les
unissent de part le passé si tumultueux qu’il fut, afin de d se projeter vers
un avenir de grande entente entre les deux rives de la Méditerranée.
Les
Présidents Jacques Chirac et Abdelaziz
Bouteflika ont compris l’enjeu dans le renforcement des relations bilatérales
et la coopération des relations bilatérales et la coopération multiforme qui
doit caractériser l’ambiance et l chaleur humaine des deux peuples tant par la
communauté algérienne émigrée en France que par les Français originaires d’Algérie
pour une grande réconciliation en ce début de siècle.
« Torturés
par Le Pen » et « Le transfert d’une mémoire sont deux ouvrages à
lire en ce 46ème anniversaire de la Révolution du 1er
Novembre 1954 dans toute la méditation et le recueillement sur les tombes de
nos martyrs morts pour les idéaux de liberté, de dignité et des droits de
l’homme.
* Chercheur
universitaire et actuel Ministre des
Postes et des Technologies de l'Information et de Communication.
El
Moudjahid du 7 novembre 2000


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