Le nouvel Observateur
Nº1689
SEMAINE DU JEUDI 20 Mars 1997
L'étincelle de vie
Le dur miracle de l'intelligence, bouleversant à observer dans l'œil unique de Jean-Dominique Bauby
La pédophilie est à la mode, si l'on ose dire, ou plutôt sa reconnaissance après avoir été si longtemps occultée. Le reportage d'« Envoyé spécial » à Saint-Jean-du-Mont, institution dont le directeur, religieux mariste, a été arrêté, montrait combien la résistance aux faits est encore profonde. La femme professeur qui l'a dénoncé est quasiment mise à l'index ; les mères alertées par leurs enfants les ont retirés de l'école mais n'ont pas parlé : « Qui m'aurait crue ? Je n'ai pas osé » ; les gens du village n'ont pas aimé que l'on « salisse » la réputation du collège. Attouchements sexuels, violences, brutalité... « Quand j'ai entendu une fille raconter, dit le professeur coupable d'avoir parlé, j'ai été projetée dans le passé... C'était ma douleur... Ce côté écrasé qui subit. J'avais vécu le long chemin de sa souffrance... » Elle est aujourd'hui en sursis. Un hommage qu'il faut saluer : celui de « Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ? » aux intellectuels algériens, ceux dont la vie est en danger. Ceux qui disent, comme Hamid Bousselham, l'éditeur : « Je n'ai pas de pays de rechange, je me sens profondément algérien. Si la mort est là, on l'accepte... » Celles qui continuent à enseigner le français du côté d'Oran, sans voile, comme Maïssa Bey, qui s'élève publiquement contre « la confiscation de la parole ». Ceux qui, comme le directeur du journal « la Liberté », persistent dans leur combat. A l'heure où les fous de Dieu assassinent tout ce qui tient plume, ces hommes, ces femmes sont simplement héroïques. Jean-Dominique Bauby, entièrement paralysé par un accident vasculaire rare, le locked-in syndrome, est mort à 46 ans, quelques jours à peine après la publication d'un livre rédigé dans des conditions extraordinaires. Il l'a dicté avec sa paupière gauche, la seule qu'il pouvait encore bouger. On lui récitait les lettres de l'alphabet, il clignait de l'oeil à chacune des lettres composant le mot qu'il voulait écrire. Au prix de cette fabuleuse gymnastique, 130 pages sont nées, fraîches, humoristiques, jamais larmoyantes, jamais attendries et de surcroît superbement écrites, « le Scaphandre et le papillon » ; il composait ses paragraphes dans sa tête et les apprenait par coeur avant de les dicter. L'un de ses amis, le réalisateur Jean-Jacques Beineix, a eu l'idée de filmer cet exploit. C'est ce document sans précédent que Bernard Pivot a diffusé dans « Bouillon de culture ». Car ce n'est rien de le raconter, il faut le voir pour y croire, il faut voir ce pauvre visage figé, cette bouche crispée, cet oeil unique où brille l'étincelle de vie, le dur miracle de l'intelligence intacte dans un corps pétrifié. Jean-Dominique Bauby était charmant, il aimait la bonne vie, il avait de l'esprit à revendre ; il en aura eu jusqu'à son dernier souffle. Alain Juppé chez Michel Field : tout doux avec les jeunes gens présents sur le plateau, eux-mêmes déférents. Une pirouette : « Est-ce que vous pensez être un jour président de la République ? Si je vous disais que je n'y pense pas, vous ne me croiriez pas. Non. Et pourtant, je n'y pense pas. » Quelques paroles lénifiantes sur ceci et sur cela. Pas une aspérité. Manifestement, ses bons sondages lui ont adouci le caractère. Franz-Olivier Giesbert, rieur, a inauguré sur Paris Première une nouvelle émission littéraire. Il n'avait manifestement pas lu trois sur cinq des livres qu'il présentait. Où le directeur de la rédaction du « Figaro » prendrait-il le temps de lire cinq livres par semaine même en dormant trois heures par nuit comme c'est son cas ? Alors il a laissé la bride sur le cou à ses invités Sollers, Elkabbach, Sabatier, Besson, Chazal , laissant ceux qui parlaient le plus fort s'arracher la parole. Lui souriait, narquois... En résulta une aimable mêlée plutôt divertissante. Du rugby littéraire, en somme. Enfin Jacques Delors est apparu (« 7 sur 7 ») au mieux de sa forme, plaidant plus que jamais pour le dialogue social dont nous paraissons tristement incapables, défendant Lionel Jospin, s'inquiétant pour l'Europe, « rien n'est joué, l'avenir est ouvert », fustigeant la manière dont la France se résigne de plus en plus au modèle capitaliste anglo-saxon : « La gauche doit s'opposer à cette dérive lente... » Il parlait avec l'ardeur du militant qu'il n'a cessé d'être. Même s'il juge le moment venu de « laisser la place aux jeunes et aux femmes », inlassable, il combat pour sa vérité. F. G.
F. G.
Françoise Giroud
Le Nouvel Observateur
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Algérie : parcours d’un marginal convaincu. Par Fawzia Zouari
« Ils ont fait de moi une vedette éditoriale ! ».Hamid Bousselham semble à la fois ravi et étonné de ce qui lui arrive. »Ils », ce sont les producteurs de l’émission « Qu’est-ce qu’elle dit Zazie » diffusée tous les jeudi soir sur France 3, et qui au moment du Salon du livre de Paris, avait choisi de mettre à l’honneur les intellectuels algériens. Hamid Bousselham en premier. Pourquoi lui précisément ? Parce qu’il fait partie de ceux qui refusent « coûte que coûte »de céder à la peur et qu’il continuera son travail même dans un désert culturel ». Devant la caméra, Hamid Bousselham expliquera qu’il n’as pas de « pays de rechange » et que les Algériens « sont condamnés à vivre en paix « .A « Jeune Afrique », il confie : « Les Français apprécient les intellectuels qui restent en Algérie et jugent que les exilés ont trop pris le dessus sur la communauté culturelle algérienne. » La quarantaine, fils de diplomate, Hamid Bousselham a profité du vent de démocratie pour créer sa maison d’édition, « Rahma », spécialisée dans l’histoire algérienne. Sa méthode qui agace la profession, est de considérer que les éditeurs français doivent de gré ou de force, céder leurs droits aux Algériens sur tous les écrits qui concernent l’Algérie. » La France a fait du sujet algérien un fonds de commerce, s’insurge- t-il. Il ne se passe pas un mois sans qu’il y ait une quinzaine de titres sur nous. Sans compter tous les algériens qui choisissent d’éditer dans ce pays. Nous avons le droit de récupérer nos écrits, de lire notre histoire dans sa version complète. » Les éditeurs français qui crient au piratage ne font pas peur à Hamid Bousselham : « ils finiront bien pas baisser les bras. De toute façon, ils gagneraient à avoir un lectorat à Alger. Les prix de leurs livres sont si élevés que notre marché leur est impénétrable. C’est plus malin pour eux de céder les droits non ? » Quelques éditeurs semblent l’avoir compris. Ainsi, les éditions La Découverte lui ont cédé pour un franc symbolique les derniers livres de Benjamin Stora. L’opération ne fut certes pas aisée : il a fallu que la cession soit acceptée par l’Ambassade de France à Alger,avant de l’être par la Commission du livre,puis par le Quai d’Orsay. Plus simple fut l’accord qu’a conclu le premier jour du Salon, par pur hasard. A Bertrand Poirot Delpech qui confiait posséder un manuscrit oublié sur une religieuse d’Alger kidnappée par les services secrets français, l’éditeur algérien réplique qu’il est preneur. »Chiche », répond l’académicien français. L’affaire est conclue. Elle ne coûtera pas un sou à Hamid Bousselam.
Fawzia Zouari
« JEUNE AFRIQUE » N° 1890 - Du 26 MARS AU 1er
AVRIL 1997 Consulter: Rushdie entre deux feux. Editer malgré tout. Sans protection, en p...
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« Editer en Algérie malgré tout » par Antoine de Gaudemar.
Libération du jeudi 20 mars 1997
Sans protection, en plein cœur d’Alger, Hamid Bousselham poursuit depuis cinq ans et le plus sereinement possible son travail d’éditeur.
A tous ceux qui croiraient que publier des livres en Algérie est aujourd’hui impossible, Hamid Bousselham offre un contre exemple. En cinq ans et de manière un peu miraculeuse dans un pays ensanglanté par la guerre civile, il a réussi à créer une maison d’édition et réussi à faire paraître une quarantaine de titres, principalement axés sur l’histoire coloniale et post coloniale d’Algérie .Installée en plein centre d’Alger, sa jeune maison s’appelle Rahma-la « miséricorde » en arabe, ce qu ne manque pas d’ironie. Invité par l’émission Qu’est ce qu’elle dit Zazie ? de FR3, il a profité de son passage à Paris pour rencontre ses confrères français au Salon du livre. Algérois né en1951 et rentré au pays au début des années 80 après des études de sciences politiques à Paris, Hamid Bousselham a commencé par ouvrir une librairie .à Alger. Il profite de l’évolution « libérale » du régime pour se lancer dans l’édition au début de la décennie suivante : la « Lettre aux Français » de l’Emir Abdelkader, texte selon lui symbolique de la tradition de tolérance musulmane, est le premier qu’il édite : il est aussi emblématique de son projet éditorial.
Passionné par l’histoire de son pays, Hamid Bousselham publie ensuite l’essai de Benjamin Stora sur Messali Hadj,le père du nationalisme algérien,combattu ensuite par le FLN :sujet jusque- là tabou en Algérie,mais le livre sort sans encombre. Hamid Bousselham continue avec une biographie de Abane Ramdane, qu’il appelle « le Saint-Just de la révolution algérienne », et publie au début des années 90 les ouvrages d’Yves Courrière sur la guerre d’indépendance jusque-là interdits. « Nous sommes désormais suffisamment adultes pour pouvoir lire la version française des événements .Je n’ai demandé l’autorisation à personne, j’ai l’imprimé et on m’a laissé faire. » Quinze jours après l’assassinat de Boudiaf, parait chez Rahma un ouvrage de la victime sur ses démêlés avec le pouvoir après l’indépendance. Hamid Bousselham souhaite publier des livres sur l’opposition politique algérienne après 1962. « Nous devons savoir ce qui s’est passé », dit-il.. De la même manière il édite un gros ouvrage sur les Juifs d’Algérie et les Ecrits de Prison d’Abraham Serfaty , longtemps emprisonné au Maroc. Sans craindre le risque il fait paraître l’ouvrage de Rachid Mimouni, De la barbarie et de l’intégrisme en particulier. Et il vient de créer « Mémoria », un magazine d’histoire trimestriel, construit autour de dossiers thématiques sur l’Algérie mais aussi sur le monde arabe et auquel il souhaiterait faire collaborer aussi des historiens français et étrangers. La librairie d’Hamid Bousselham. qui est également le siège de sa maison d’édition ? est ouverte tous les jours et ne bénéficie d’aucune protection particulière. « En Algérie, la mort atteint aujourd’hui tout le monde, explique-t-il avec philosophie. Je ne suis pas plus visé que des milliers de citoyens. De toute façon, la mort je ne la verrai pas venir. Alors autant travailler. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les islamistes. .Aucune attaque ouverte. Aucune menace. Avec le gouvernement, j’ai des rapports courtois, mais distants, car je tiens à mon indépendance. Mes plus gros problèmes sont d’ordre économique. » Déjà pas très brillants les circuits du livre sont aujourd’hui réduits au minimum en Algérie : 600 livres seulement publiés en 1996, une édition étatique moribonde, des tirages étiques, et un prix moyen de 300dinars, soit le cinquième du salaire de base. .Depuis peu toutefois l’état a décidé d’augmenter notablement le budget de la bibliothèque nationale, qui va désormais acheter 200 à 300 exemplaires de chaque livre publié : une aide substantielle pour Hamid Bousselham. Les relations avec les éditeurs français s’améliorent aussi ; alors que jusqu’ici, ils voulaient vendre leurs livres- mais à des prix prohibitifs pour l’Algérien moyen- certains commencent à céder leur droits grâce à l’aide du Quai d’Orsay et du ministère de la culture français, qui financent largement le paiement de ces droits de cession. Hamid Bousselham vit modestement, mais possède ordinateur, fax et antenne parabolique, pour garder le contact avec le monde. Il se définit avant tout comme un « artisan », un travailleur, « Si j’ai eu un privilège, dit- il, c’est d’avoir eu une formation.. Et de ne pas avoir été contraint à l’exil. » Dans un contexte pourtant périlleux-69 journalistes,auteurs,éditeurs,libraires assassinés depuis 1991-,Hamid Bousselham fait preuve d’une étonnante sérénité. « Je crois que tout cela est passager. J’ai foi dans mon pays, et tous les algériens sont condamnés à vivre en paix. Je ferai tout pour que mes enfants restent en Algérie. De toute façon, il n’y a pas d’autre solution,il n’y a plus de place pour nous ailleurs. L’avenir des Algériens est en Algérie. Nous devons absolument arriver à nous installer chez nous. Arrêtez de croire que tout le pays est à feu et à sang. Essayez aussi de nous imaginer heureux. Envoyez nous des livres, des films,des disques, aidez nous à traduire les auteurs français en arabe. Nous offrir un livre c’est nous offrir de l’oxygène. .Et c’est d’oxygène dont nous avons besoin. »
Antoine de Gaudemar.
Libération du jeudi 20 mars 1997
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| Notes de lecture:" Torturés par Le Pen" de Hamid Bousselham par Boujemaa Haichour. |
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El Moudjahid du 7 novembre 2000
46e Anniversaire du déclenchement de la Révolution
NOTES DE LECTURE « Torturés par Le Pen »
Ce n’est pas un hasard si mon ami Hamid Bousselham est venu à la rencontre des gens de Constantine pour animer une vente dédicace de son livre « Torturés par le Pen », paru en co-édition des maisons Rahma et l’ANEP.
Par le Dr Boujemaa HAICHOUR (*)
Devant un parterre d’universitaires et d’homme de culture, dans un lieu insolite, « Le Fast-Food Tiddis », qui devient un espace d’échange et de communication, que le livre fut présenté et qui a suscité des discutions sur la torture durant la guerre de Libération Nationale
Je voudrais quant à moi profitant de l’occasion pour faire simultanément une double lecture à la fois de l’ouvrage de Hamid Bousselham « Torturés par le Pen » et celui de Benjamin Stora « Le transfert d’une mémoire » paru aux éditions de La Découverte.
Hamid Bousselham appartient à cette génération qui a un regard critique sur le événements et les hommes. Né le 30 juin 1951, il a grandi dans une famille de militants et le destin a voulu qu’il soit parmi les siens lorsque, lycéen au lycée français de Washington où son père Si Abdelkader Boussellham était en poste comme ambassadeur, il fut apostrophé par son professeur d’histoire.
Il prit alors conscience du phénomène du racisme et de l’antisémitisme, en écoutant religieusement le cours d‘histoire sur le nazisme que le professeur expliquait aux élèves, faisant le parallèle entre les fours crématoires et les étouffoirs et fours à chaux dont les Algériens ont été victimes pendant la guerre de Libération Nationale.
Evitant la confrontation, Hamid continua de regarder les images des camps de concentration nazis et les montagnes d’ossement juifs, lorsque apparaissent dans sa mémoire les affres de la colonisation française dont son oncle paternel Si M’hamed Bousselham, arrêté en 1957 et torturé à mort avec dix-sept de ses compagnons avant d’être souffrants jetés et encore vivants dans un four à chaux aux environs de Sidi Bel-Abbès par les paras de la légion étrangère.
En ce 46e anniversaire de la Révolution de Novembre 1954, le livre de Hamid Bousselham vient nous donner un éclairage à partir de témoignages sur la pratique de la torture. Le mélange de cruauté sauvage et barbare dont les tortionnaires d’une catégorie de militaires français infligeaient à la condition humaine fait que la France des Droits de l’Homme a failli aux idéaux de la Révolution de 1789.
« Prise de Conscience »
Bévues, exécutions sommaires, tortures abjectes, guillotine, bombardements au napalm, haine, toute ces épreuves, le peuple algérien les a endurées. Et parmi ces tortionnaires, un homme qui se targue d’être une personnalité politique dans la France des Droits de l’Homme, c’est Jean-Marie Le Pen qui à maintes reprises reconnaît avoir torturé les Algériens lorsqu’il était parachutiste et officier de renseignement.
Parmi les témoignages rapportés dans ce livre de Hamid Bousselham, ceux de Mme Mouloud Messaoud, Mohamed Louli, Lakhdari Khélifa, etc. Le Lieutenant le Pen faisait fonctionner une magnéto à manivelle à l’aide de laquelle il envoyait des décharges électriques dans le corps des victimes.
Les témoignages sont poignants et Hamid Bousselham les expose crument aux lecteurs, qui montrent comment à la Villa des Roses d’El Biar, Le Pen torture les Algériens, et ses propos racistes et antisémites son rapportés tels que « Voilà ce qui arrive à ceux qui tentent de m’échapper ; je suis prêt, dit Le Pen, à me farcir un bougnoule à chaque petit déjeuner : Vous, les ratons, vous ne comprenez qu’un seul langage : l’insulte, les coups et quand vous ne voulez pas comprendre que vous êtes à ma botte, je vous élimine ».
Mohamed Louli fut victime parmi tant d’autres et torturé dans une bassine d’eau sale, attaché comme un saucisson sur un banc par Le Pen. Il faisait creuser par les victimes leurs propres tombes et les jetait ligotées par-dessus les balcons, fracturant leurs colonnes vertébrales, les mettant dans une souffrance insupportable et douloureuse. Il y avait autant de menus que de spécialités dans la façon de faire goûter la torture.
Le Pen en a essayé toutes les recettes. Un Jour l’histoire prendra acte et le poursuivra selon le code pénal français de 1994 comme un criminel de guerre et sera présenté devant un tribunal international de crime contre l’humanité. L’ouvrage de Hamid Bousselham qui vient de paraître en 151 pages constitue un autre document sur la torture en Algérie durant la Guerre de Libération Nationale.
C’est le souvenir douloureux d’une période de forte émotion dont les blessures profondes laissent leurs traces indélébiles dans la mémoire des peuples. Les impulsions racistes et la torture dans la République que sont les supplices de la corde, de l’étranglement du cou, de la mise en croix, le frottement des plaies par le sel ont crée des traumas dans le mental des victimes qui ont échappé à la mort.
Quand au livre « Le Transfert d’une mémoire – de l’Algérie française au racisme anti-arabe » de Benjamin Stora, paru en 1999 aux éditions La Découverte, comme à l’accoutumée, en spécialiste de l’histoire du Mouvement national en Algérie, Stora est des rares universitaires dont la contribution apporte de par les sources et les références, des informations utiles dans la recherche historique.
Le livre en question de 142 pages est structuré en quatre parties avec introduction et une conclusion. Dans les besoins d’histoire, Benjamin Stora souligne au passage des générations, cette attitude à vouloir rejeter en France les étrangers et les Français d’origine étrangère. Il rappelle en guise de témoignage, l’audience des discours xénophobes de Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret.
« L’histoire proche est la plus difficile de toutes, menacée à la fois de dévier sous l’aiguillon de la mémoire immédiate, d’étouffer sous le poids des documents journalistiques ». Stora dans son ouvrage présente ce débat encore vivant de cette « lepénisation des esprits » et cette préférence à l’Algérie française de l’OAS dans son combat politique.
Les approches mémorielles des pieds-noirs et les immigrées en France sont formulées dans les blessures si douloureuses, si secrètes et si cruelles de la guerre d’Algérie.
Cette Algérie reste pour les plus nostalgiques de l’OAS, un Far West américain, un territoire des éblouissements, un univers de richesses et des incroyables explorations qui épargnent le voyage vers la lointaine Amérique.
« Le transfert d’une mémoire » de Benjamin Stora
L’Algérie comme le note Stora est une région emblématique de la solitude des passions. Elle est comme le dira Joëlle Hureau, terre d’abondance et de refuge. Face à un Nord industriel, l’Algérie reste pour les pieds-noirs un Western nostalgique aux couleurs criardes.
Stora nous présente dans son ouvrage la Guerre d’Algérie comme jouant le rôle d’un pivot central (et sanglant) dans l’émergence et la construction durable d’un récit de type « sudiste »―la hantise des partisans de l’Algérie française est… la sécession. Les passages de l’ouvrage d’Alain Peyrefitte nous révèlent les facettes cachées du discours réel du général de Gaulle : »Qu’on ne raconte pas d’histoires !... Les Arabes sont les Arabes et les Français sont les Français. Vous croyez, devait il dire, que le corps français peut absorder dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après demain quarante ?... Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-deux-Eglises, mais Colombey-les-deux-Mosquées ».
Mais revenons sur Le Pen et la torture durant la Guerre d’Algérie qui m’a inspiré à faire une même note de lecture aux deux livres présentés, celui de Hamid Bousselham et de Benjamin Stora, qui revient d’ailleurs sur le personnage de Jean-Marie Le Pen. Le Pen qui est né le 20 juin 1928 a été depuis qu’il suivait les cours de la faculté de droit un activiste à la tête de la Corpo. Il se porte volontaire dans le régiment des bérets verts ou les paras au Tonkin en Indochine lorsque Diên Biên Phu est tombé aux mains des résistants vietnamiens.
Il retourne à Paris et rallie Pierre Poujade et sera parmi les poujadistes de Jean-Maurice Demarquet élu aux législatives du 2 janvier 1656. Il se met en congé du Parlement et décide de rejoindre l’Algérie où il participe dans l’opération secrète de Suez. En mars 1956, où il est officier de renseignement, il est accusé d’avoir torturé un jeune Algérien dans la Villa Susini.
C’est Henri Gille, commissaire principal d’Alger, résistant et ancien déporté qui fait la révélation sur la torture en témoin important dans l’action répressive qui a fait rage sur la population musulmane en cette année 1957. Son rapport est édifiant sur les pratiques tortionnaires de Jean-Marie Le Pen.
L’historien Pierre Vidal-Naquet en témoigne aussi en dénonçant les méthodes de la torture dans son ouvrage « La raison d’Etat ». Il publia d’ailleurs dans la revue Vérité-Libérté de juin-juillet 1962 l’intégralité du rapport Gille dans un dossier intitulé « Le député tortionnaire ». Jean-Marie Le Pen reconnaît les faites et n’entamera aucune poursuite judiciaire, plus encore il confirmera ses pratiques dans une interview le 9 Novembre 1962 au journal Combat.
Le 4 avril 1984, le canard enchaîné a publié une série d’articles poursuivis les 11 et 18 juillet dans la même année par d’autres études, présentant Jean-Marie Le Pen comme un officier pratiquant la torture pendant le Guerre d’Algérie. Le 20 mars 1985, le journal Libération ouvre une seconde enquête sur la période algérienne du lieutenant Le Pen. Lors d’une émission télévisé du 2 février 1992, Michel Rocard accuse Jean-Marie Le Pen d’avoir torturé les Algériens durant la Guerre d’Algérie.
« La lumière du cœur »
Dans les deux ouvrages de Hamid Bousselham et Benjamin Stora, Jean-Marie le Pen est accusé d’avoir été un tortionnaire. Le devoir de mémoire doit nous mettre en éveil pour dire aux générations toute les vérités sur cette guerre sale et inhumaine, dont les tortionnaires Massu, Bigeard, Papon, Le Pen…ont laissé leurs traces sanguinaires sur les milliers de torturés, de mutilés dont les traumatismes restent à jamais,l’acte sauvage de la machine de guerre de la colonisation sur le peuple algérien et sa mémoire. La France doit surmonter le traumatisme profond de son histoire coloniale, notamment en Algérie. La visite du Président Bouteflika en France, la reconnaissance par la France de la guerre d’Algérie par l’Assemblée nationale et par les représentants du peuple français que sont les députés, sont les signaux forts pour rétablir les relations privilégiées entre les deux états dans tous les domaines de la coopération. Il n’est plus possible pour les peuples français et algérien de laisser s’éteindre la lumière des coeurs, car beaucoup de liens d’histoire, de culture et de sang les unissent de part le passé si tumultueux qu’il fut, afin de d se projeter vers un avenir de grande entente entre les deux rives de la Méditerranée. Les Présidents Jacques Chirac et Abdelaziz Bouteflika ont compris l’enjeu dans le renforcement des relations bilatérales et la coopération des relations bilatérales et la coopération multiforme qui doit caractériser l’ambiance et l chaleur humaine des deux peuples tant par la communauté algérienne émigrée en France que par les Français originaires d’Algérie pour une grande réconciliation en ce début de siècle. « Torturés par Le Pen » et « Le transfert d’une mémoire sont deux ouvrages à lire en ce 46ème anniversaire de la Révolution du 1er Novembre 1954 dans toute la méditation et le recueillement sur les tombes de nos martyrs morts pour les idéaux de liberté, de dignité et des droits de l’homme.
* Chercheur universitaire et actuel Ministre des Postes et des Technologies de l'Information et de Communication.
El
Moudjahid du 7 novembre 2000 |
| A mon oncle Si M'hamed Bousselham et ses 17 compagnons. Publié le : 11/01/2007 22:25:00 |
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A mon oncle Si M'hamed Bousselham et ses 17 compagnons.
Pour toujours.
En un mot, on peut se demander, près de quarante ans après la fin de la guerre d'Algérie, pourquoi nous avons, les uns et les autres, évité avec une obstination remarquable et néanmoins surprenante, de parler de toutes ces horreurs, pendant si longtemps.
L'idée a été abandonnée .
Dès lors, qui empêcherait ce même parlement et ce gouvernement, de tirer, dès maintenant, toutes les conclusions de sa reconnaissance de ce fait historique, en poursuivant désormais les "Criminels de guerre" qui ont souillé à jamais le nom de la France, et meurtri, à jamais, la chair et l'âme de nos martyrs ?
"Torturés par Le Pen " éditions Rahma ISBN n°9961-804-04-X et de "Quand la France torturait en Algérie " éditions Rahma ISBN n°9961-804-05-8. Hamid Bousselham ![]() Le chahid M'hamed Bousselham (Abdelkader Bousselham,de son vrai nom.) Allah yarham echouhada! Le chahid Abdelkader dit M'Hamed Bousselham. |
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| « Quand la France torturait en Algérie » de Hamid Bousselham par Henri Alleg |
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« Quand la France torturait en Algérie » *
Ouvrez ce livre et vous serez à la fois fasciné, retenu par ce qu’il montre d’effrayant et pressé d’en arriver au bout tant les images et les textes sont insupportables. Par Henri Alleg
Ils le sont plus encore sans doute pour ceux qui, ayant connu les chambres de tortures et les atrocités dans la guerre coloniale, peuvent être portés a croire qu’ils n’ont plus rien à apprendre sur les souffrances et le martyre de ces dizaines de milliers d’hommes et de femmes au combat pour leur dignité durant des années de feu.
Mais à quoi bon, diront certains, découvrir ou redécouvrir des témoignages aussi terribles ? Pourquoi donner à lire ou à relire des textes aussi cruels, aussi cyniques que celui, par exemple, de ce général qui ose à la fois se vanter d’avoir été à la fois assassin et tortionnaire et qui prend une sorte de plaisir pervers à faire et à refaire dans le détail le récit de ses plus horribles forfaits ? Ne vaut-il pas mieux dans l’intérêt de ces deux peuples qui se sont affrontés durant les sept dernières années et demi d’une guerre sanglante, pour construire enfin un avenir de paix et d’entente nécessaire, ne vaut-il pas mieux tourner la page ?
C’est là une langage que l’on entends bien souvent en France, notamment de la part de ces hommes politiques ou de leurs héritiers qui, depuis prés d’un demi siècle, se sont efforcés de cacher par le silence, la censure et les poursuites contre ceux qui osaient dire la vérité, le vrai visage de ce que fut la guerre d’Algérie.
Au point qu’aujourd’hui l’ignorance de la jeunesse française sur cette époque est quasi-totale. Comment s’en étonner quand on sait que, les lois d’amnistie aidant, l’étude historique de cette guerre, de ses causes et de son déroulement, est restée quasiment absente des programmes des écoles. Tourner la page, mais sans l’avoir lue et sans avoir médité les leçons ? Voilà en fait ce que voudrait ces bonnes âmes qui ont déjà, et très largement, passé l’éponge sur les écrasantes responsabilités des gouvernants français dans la conduite de la guerre et dans le maintien durant plus d’un siècle de l’odieux régime colonial.
Non. Il faut savoir ce qu’a été cette guerre, à la fois dans l’immensité de son horreur et dans les souffrances qu’elle a infligées à ceux et à celles dont le crime était d’avoir choisi de vouloir être libre. Il faut savoir – et ceux qui viendront après nous, qu’ils soient Algérien ou Français – jusqu’à quelles ignominies et quelles indignités ont pu descendre des militaires et des gouvernants qui osaient se présenter comme des défenseurs des droits de l’homme et de la civilisation.
Oui, savoir et retenir tout cela, non pour cultiver une haine stérile ou un quelconque et malsain esprit de revanche, mais justement pour en détourner ceux qui vivent aujourd’hui. Et c’est seulement en sachant ou en refusant hypocritement de la voir, qu’on pourra aider les nouvelles générations des deux pays à bâtir les pont d’amitié, de fraternité et d’entraide qu’elles souhaitent.
C’est pourquoi les textes et les photos réunis ici ont une si grande valeur éducative. Comme en ont aussi, contenu dans ce recueil, les portraits de patriotes qui avaient choisi de faire face et dont les noms flamboyants survivront pour rappeler que, dans les pires circonstances, il y aura toujours des hommes et des femmes qui, quel qu’on soit le prix, se dresseront pour défendre la dignité, la liberté et l’espérance de leur peuple.
C’est sans doute à ces leçons que songera en premier lieu le lecteur qui parcourra e livre, et c’est en cela que le rappel qu’il constitue est si utile. En même temps, ces pages sont comme un avertissement solennel à tous ceux d’aujourd’hui qui pourraient se laisser aller à croire que l’époque des oppresseurs, des monstres et des assassins appartient désormais au passé.
Il n’est que de regard autour de nous pour savoir qu’il n’en est rien et que, plus qu jamais, nous tous qui rêvons d’un monde enfin humain, devons demeurer vigilants.
* Hamid Bousselham (Editions Rahma-Anep)
Le Quotidien d’Oran Mercredi 19 Décembre 2001
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